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Confessions d'une âme torturée

J’ai besoin de folie. Besoin de me sentir libre. Mes pensées se heurtent au carcan de mon esprit. Ma vie est une prison, mon corps, sa cellule. Marrant quand on pense que ce corps est composé lui-même de milliards de cellules. Une cellule-mère, en quelque sorte.

« Quand des murs stoppent le vol de la libellule,

Les normes forment l’espace de notre cellule. »

Je rejette ces vers qui surgissent du tréfond de mon cerveau. A l’aise avec les mots, mais les maux sont ailleurs. Vacuité de l’existence. En recherche d’incongruité. Je me sens différent, décalé, inadapté. Besoin de folie, certes, mais pour s’y noyer ou s’y révéler ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Pas plus que je ne peux définir ce qu’est cette folie. Une extravagance, une errance, une démence ? Elle est la poussière d’étoile qui vient enrayer la mécanique solaire. Elle arrive à l’improviste, imprévue et imprévisible, en changeant le cours du destin. Je soupire bruyamment, une migraine approche, petits battements derrière les orbites. Est-ce trop demander que de vouloir un brin d’inattendu ? J’ai envie d’arracher ma peau pour que le nouveau moi, plus grand, plus profond, émerge. Une mue humaine, métamorphose sublime. Je crache par terre, de dégoût. Qui suis-je pour croire qu’on peut naitre à nouveau, qu’on peut n’être qu’un « je » imparfait ? Drôle de jeu pour misanthrope. Je tape des poings sur les murs, la migraine se fait orage. Ô rage, qui bouillonne dans mes artères. Rage qui devrait submerger l’humanité, foules assoiffées inondant les artères des villes. Mais où se cache le cœur ? Existe-t-il seulement ? Y a-t-il un sens caché à cette vie morne, ennuyeuse, tracée ? Je suis sur un chemin, poussé inexorablement par une nuée infinie. J’ai beau regarder dans toutes les directions, je ne vois nulle part où sauter, nul sentier alternatif. J’ai envie de hurler, ma bouche s’ouvre mais les cris se déchainent uniquement dans mon crâne. D’orage, la migraine devient ouragan. Chaque mouvement, chaque idée, chaque espoir, est broyé par la souffrance. Je gémis, bruyamment. Puis je me surprends à rire. Mes pensées alimentent la migraine qui inhibe mes pensées, merveilleux non ? Mon rire s’éteint sur un râle, j’avale une double dose de comprimés, position du fœtus, j’attends. La traversée me laisse exsangue, mais une fois encore, j’y survis. Mon mal-être suinte par tous les pores de ma peau, la déprime guette, tout près. Je la vois qui m’observe, sourire torve, bras ouverts. Je me balance sous la douche, eau froide, frottements toniques, eau tiède. Le miroir me renvoie mon image. Je me dévisage avec colère, un rictus de mépris sur les lèvres. Qu’est-ce que tu fais pour changer ça ? je m’hurle. Pas grand-chose, en vérité. J’écris. Parait que ça soulage. Un premier petit pas, comme ils aiment à le dire. Ne sois pas trop impatient, accepte les choses telles qu’elles sont. Non, non et non, allez tous au Diable avec vos petits pas et vos morales stériles. Je veux bondir sauvagement et traverser le voile de l’illusion. La liberté ? Une vaste blague. Un concept marketing, tout au plus. Je vous entends brailler démocratie, parade ultime. Liberté et démocratie, faites-moi rire, des mots rassis oui. Des mots barrières qui cachent une tout autre réalité. Bêtise, ignorance, et conformisme nous tiennent en laisse bien mieux que n’importe quelle cage sophistiquée. Arrêtez de réfléchir, on le fait pour vous. Ne vous inquiétez pas, on sait ce qui est bon pour vous. Et si on l’ignore, bah, on créera le besoin. Rien de plus simple. Bonheur à l’étalage. A la bonne heure. Manipulation subtile, assumée. Sourires béats devant la télévision. Je jette un œil à l’endroit où la pioche traverse l’écran noir de part en part. Ma décoration n’a rien de subtile, mais j’assume. Mon sourire béat se réserve à un outil de jardinage. Pas très mainstream, hein ? Pas très glorieux non plus, je sais. La pioche serait plus utile dans l’œil de ceux qui nourrissent l’objet télévision. Allez pioche, retente ta chance. Parait que la chance se provoque. T’es qu’une pute la chance… Alors ? Alors rien, dicton débile pour attardés superstitieux. Je grossis le trait, un peu, sinon mes paroles sont inaudibles. Même comme ça j’entends l’écho. Ohé, c’est vide là-dedans ? Aucune matière pour absorber le son ? Leçon n°1 : ouvre les yeux en grand et observe le monde qui t’entoure, fascinant, non ? Je ne suis qu’un petit bourgeois imbu de lui-même, donc imbuvable. Remplissez la cruche, mais d’eau, point, seulement du sable, qui crisse sous les dents. Mes pensées virevoltent, mais où est la révolte ? Où sont les actes ? Pas de révolution, reste l’évolution. Toujours plus docile, toujours plus servile, toujours plus stérile. Le confort et la facilité nous anéantissent, emmurés vivants dans nos conventions et nos peurs qu’on les bafoue. Problèmes de riches, me direz-vous. Vraiment ? L’opulence serait au prix de notre vitalité ? Gardez vos stéréotypes de citoyen moderne, je veux du prototype, du monotype, exemplaire unique, merci bien. Je veux des bulles de réel qui m’explosent à la gueule, je veux du jaillissement, de la saillie. Je veux de l’inopiné, du contretemps, de l’interstice. Mettez de l’entropie, on étouffe. Je m’asphyxie, liquide est l’air que j’inspire. Je me noie dans mes miasmes. Je vomis ce monde et ce qu’il a fait de moi. Erreur de codage, demande de réinitialisation. Formatez, formatez, formatez. Pas de place pour les électrons « libres ». Trop peu de zones d’ombre dans un décor sous surveillance. Souriez, on vous mate minutieusement. Pas de rébellion, on vous mate férocement. N’essayez pas de leur damer le pion, vous êtes déjà échec, et mat. Le roi est mort, vive le roi ! De gré ou de force, hein ? Tout dépend du degré de force dont vous disposez. Force morale, force mentale, affaiblies par les communicants et les marketeux. Ils nous mentent à la pelle, alors manquez à l’appel. Absent, déserteur, fantôme.


A suivre...

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